Casinos : la concurrence venue de l’intérieur des terres rebattre les cartes sur le littoral
Pendant des années, les casinos du littoral ont profité d’un avantage naturel : capter une clientèle fidèle venue de l’intérieur des terres. Chaque week-end, des joueurs du Maine-et-Loire et des départements voisins prenaient la route pour s’offrir une parenthèse mêlant bord de mer, restaurant et salles de jeux.
Pour les Angevins par exemple, l’option la plus proche restait Pornic, à environ 140 kilomètres, soit près de deux heures de trajet. Une distance jugée acceptable, tant l’offre de casinos demeurait concentrée sur les stations côtières. Depuis l’ouverture du casino de Saumur, le 26 mars dernier, et l’annonce confirmée d’un futur établissement au Lion-d’Angers qui pourrait accueillir près de 300 machines à sous d’ici 2029, l’offre de jeux se rapproche désormais directement de cette clientèle habituée aux déplacements vers la côte.
Les premiers signaux sont déjà significatifs. À Saumur, le démarrage dépasse les prévisions : en 34 jours, l’établissement a enregistré 36 000 entrées et redistribué près de 9 millions d’euros. Des chiffres qui traduisent une demande locale forte.
Une évolution rendue possible par la loi
La réglementation a toutefois évolué en 2023, avec l’introduction de nouvelles dérogations. Désormais, certaines communes à forte tradition équestre ou situées dans des zones dépourvues d’offre de jeux peuvent également déposer une candidature. L’objectif est double : réduire les “déserts ludiques” et diversifier les ressources fiscales des collectivités, Saumur estimant à ce titre pouvoir générer plus de 1,5 million d’euros de recettes annuelles.
L’ouverture d’un casino à Saumur n’aurait pas pu voir le jour il y a encore quelques années. Jusqu’alors, ces établissements étaient strictement réservés aux stations balnéaires ou thermales.

Le littoral face à un nouveau défi
Pour les casinos côtiers, l’enjeu est désormais stratégique. Une partie non négligeable de leur fréquentation reposait sur ces visiteurs prêts à parcourir de longues distances pour profiter d’une offre inexistante à proximité. Ces déplacements profitaient plus largement au commerce local, les visiteurs faisant l’effort de venir consommer sur place, que ce soit à la journée ou dans le cadre de séjours complets incluant hôtels et restaurants. Cette dynamique pourrait donc ne pas être une bonne nouvelle pour l’économie touristique du littoral.
Avec le coût du transport, dépenser près de 80 euros au minimum en essence et péages pour venir jouer représente désormais un frein supplémentaire : de nombreux joueurs pourraient ainsi préférer consacrer ce budget directement aux machines à sous à proximité de leur domicile.
Un nouvel acteur viendra également renforcer l’offre sur le secteur limitrophe entre la Mayenne et le Maine-et-Loire, avec l’arrivée prévue en 2029 du projet du Lion-d’Angers. Le groupe COGIT a été retenu pour assurer la construction et l’exploitation du futur établissement. Né à la Martinique, le groupe COGIT est le 5e casinotier de France, avec huit établissements, auxquels s’ajoute désormais le futur casino du Lion-d’Angers, au nord d’Angers.
Dans ce contexte, il reste encore à mesurer l’ampleur réelle de cette redistribution des cartes. Une tendance se dessine toutefois déjà clairement : pour les casinos du littoral, la concurrence ne provient plus uniquement du bord de mer… mais désormais aussi de l’intérieur des terres
