Dans les coulisses de l’aérodrome de La Baule : un dossier sous tension
Le dossier des jets privés de l’aérodrome de La Baule, révélé dès le premier mandat de Franck Louvrier a récemment refait surface dans le débat public. Lors d’un échange au dernier conseil municipal, Brieuc Rolland, élu d’opposition, a directement interpellé le premier magistrat sur ce sujet sensible. Une question jugée embarrassante à laquelle Franck Louvrier a répondu en restant évasif, évoquant notamment qu’il aurait souhaité disposer des questions en amont pour pouvoir apporter des éléments plus précis sur la situation de l’aérodrome, une réponse perçue par certains comme une manière de botter en touche.
Derrière cette séquence politique, le fond du dossier repose sur une succession de faits dont l’enchaînement interroge sur les conditions d’implantation et de développement d’une activité privée sur un équipement public.
Tout commence en juin 2020, en pleine période électorale et dans un contexte sanitaire exceptionnel …Franck Chatelier crée le 9 juin la société « SAS Ocean Aviation », spécialisée dans le transport aérien de passagers. Si la société est active dès cette date, son immatriculation officielle n’intervient que le 30 juin, les documents ayant été déposés le 29 juin, soit au lendemain du second tour des municipales remporté par Franck Louvrier. Dans le même temps, l’entreprise fixe son siège social directement sur le site de l’aérodrome de La Baule (Aéroport de la Côte d’Amour), alors géré par un SIVU présidé à l’époque par Jean-Pierre Girault. Or, aucun élément tangible ne permet d’attester qu’une autorisation formelle ait été délivrée pour cette domiciliation, une condition pourtant indispensable pour occuper le domaine public. Cette première zone grise s’inscrit dans une séquence où la proximité entre le dirigeant de la société et le maire nouvellement élu dont il était un soutien affiché nourrit déjà les interrogations.
L’année 2022 marque une accélération du projet avec la création d’une seconde structure, « SASU Jet Roof », présidée par « SAS Ocean Aviation », destinée à porter la construction d’un hangar de grande envergure (environ 1 250 m²) sur le site de l’aérodrome. Une convention d’occupation temporaire du domaine public est alors évoquée entre le SIVU et cette société : elle prévoit une autorisation d’exploitation sur 20 ans, en contrepartie d’une redevance annuelle fixée à 3 750 € HT. Un montant particulièrement faible au regard de la surface concernée et de la nature de l’activité envisagée. Mais surtout, ce document s’avère juridiquement inexploitable : il n’est ni signé, ni daté, ni même paraphé par les parties, et ne mentionne aucune date de prise d’effet. Dans ces conditions, l’occupation du domaine public et le lancement des travaux posent question. D’autant plus qu’à cette période, la gouvernance du SIVU a évolué, avec Franck Louvrier lui-même à sa présidence, cumulant ainsi les responsabilités au moment où le projet prend forme.
Parallèlement, les éléments recueillis indiquent qu’aucune redevance n’aurait jamais été versée, ni au SIVU, ni à la Ville de La Baule après la reprise en gestion directe de l’aérodrome par la commune, consécutive au retrait des villes du Pouliguen et de Pornichet en 2022. Selon certaines déclarations, le directeur de l’aérodrome de l’époque, Pascal Pauly, aurait même indiqué à Franck Chatelier qu’aucun paiement n’était nécessaire, une affirmation qui, si elle était avérée, interrogerait directement sur les pratiques internes de gestion du domaine public. Dans le même temps, la société « SASU Jet Roof » s’enlise financièrement : placée en redressement judiciaire, elle se retrouve dans l’incapacité de poursuivre le chantier,laissant derrière elle des dettes significatives, notamment envers l’entreprise Charier TP, et un hangar inachevé sur le site.

À ces fragilités administratives et financières s’ajoute une interrogation concernant le permis de construire. Un document aurait bien été délivré le 24 mars 2022 à « SAS Ocean Aviation », avant d’être transféré le 21 octobre 2022 à « SASU Jet Roof » par l’adjointe à l’urbanisme Danielle Rival. Les éléments disponibles font apparaître plusieurs incohérences, notamment sur la superficie du projet (1 250 m² dans certains documents, 1 300 m² dans d’autres), ainsi que sur les conditions de son transfert. Dans un contexte où la convention d’occupation du domaine public n’a pas été formalisée de manière pleinement stabilisée, certaines zones de cohérence administrative autour de la mise en œuvre du projet demeurent questionnées.
Enfin, le montage global du projet s’inscrit dans une logique d’optimisation fiscale assumée. La société « SAS Ocean Aviation » exploite deux jets privés immatriculés sur l’île de Man (M-MEVA et M-YAVA), territoire reconnu pour ses avantages fiscaux, notamment en matière de TVA. Ce choix, courant dans l’aviation d’affaires, n’en reste pas moins un élément supplémentaire dans un dossier où se mêlent intérêts privés, gestion du domaine public et décisions administratives sensibles.


Pris dans leur ensemble, ces éléments, création de société en pleine séquence électorale, implantation sans autorisation clairement établie, convention inexistante juridiquement, absence de redevance, chantier abandonné et montage fiscal optimisé dessinent un faisceau de faits suffisamment dense pour justifier un examen approfondi. Plus qu’une simple succession d’irrégularités potentielles, c’est bien la cohérence globale du projet et les conditions dans lesquelles il a pu voir le jour sur un site public stratégique qui interrogent aujourd’hui.

