Le morta, bois précieux au cœur des tensions !
Le morta, ce bois semi-fossilisé aux teintes profondes proches de l’ébène, s’impose depuis plusieurs mois comme un sujet récurrent dans la presse. Entre fascination pour cette matière rare et tensions autour de son exploitation, le débat s’est récemment intensifié, notamment sur les réseaux sociaux.
Pour éclairer les enjeux, nous avons pris contact avec Jean‑Henri Pagnon, fondateur des couteaux Morta, figure emblématique de cette filière artisanale briéronne.
« Lorsque j’ai découvert l’ampleur médiatique prise par cette affaire, j’ai d’abord craint une vague de critiques », confie-t-il. « Mais en lisant les commentaires, j’ai été surpris … une large majorité comprend notre démarche et nous soutient. » Une réaction qui tranche avec les attaques portées par un collectif récemment constitué, critique à l’égard des pratiques liées à l’extraction du morta.
Derrière cette opposition, Jean‑Henri Pagnon évoque des divergences anciennes. Il se souvient notamment d’une rencontre, il y a une douzaine d’années, avec l’un des initiateurs du collectif. « À l’époque, il souhaitait développer une activité basée sur des produits à bas coût importés, sur lesquels il envisageait d’apposer une identité locale. Une approche radicalement différente de la nôtre. » Quelques années plus tard, les trajectoires divergent davantage encore, notamment lors d’événements locaux où l’artisan observe une différence notable d’engouement du public.
Une matière noble au cœur des divergences
Au cœur du différend, la question de la valorisation du morta. « C’est une matière d’une noblesse exceptionnelle. On ne peut pas la défendre avec des produits bas de gamme », insiste-t-il, pointant certaines pratiques mêlant objets importés et produits artisanaux, jugées incompatibles avec une démarche qualitative.
De son côté, l’entreprise des couteaux Morta revendique un développement structuré et reconnu. Prix Artisan de l’année en 2021, prix du public en 2022 parmi 850 candidats, obtention du label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) : autant de distinctions qui, selon son fondateur, témoignent de la solidité du projet. Un nouvel atelier de 1 000 m², récemment achevé, vient accompagner cette dynamique de développement.
Mais c’est aussi sur le terrain environnemental que les critiques se cristallisent. Jean‑Henri Pagnon défend des méthodes d’extraction artisanales et encadrées : « Nous intervenons à la main, sur une période limitée entre septembre et octobre. Le travail est physique, minutieux, et nous veillons à préserver les milieux naturels. » Il compare ces pratiques à d’autres interventions mécaniques observées dans les marais, qu’il juge plus impactantes.




Au-delà de la controverse, l’artisan observe un effet inattendu : « Cette polémique nous a apporté une visibilité considérable. De nombreux clients sont venus nous découvrir suite à cela ! » Une conséquence paradoxale qui illustre, une fois encore, la complexité des dynamiques entre artisanat, territoire et exposition médiatique.
Photos Couteaux Morta