45 ans de cotisations, avec des exceptions pour les carrières longues et les métiers pénibles… et un âge légal de départ à la retraite porté à 65 ans : Édouard Philippe cherche-t-il à se tirer une balle dans le pied avant la présidentielle ?
Le véritable problème reste celui du courage politique. Pour les salariés du privé, les réformes sont souvent présentées comme inévitables, voire comme la seule voie possible. Mais la question des régimes spéciaux et des déséquilibres entre les différents systèmes de retraite reste, elle, au cœur du débat. Et une nouvelle fois, ce sont les salariés du privé qui pourraient avoir le sentiment de devoir payer la facture.
Que pense réellement obtenir Édouard Philippe avec une telle proposition ? À ce stade, sa ligne sur les retraites apparaît difficile à comprendre et son positionnement politique particulièrement brouillé. Dans un pays où la précarité et la pauvreté touchent des millions de personnes, repousser toujours davantage l’âge de départ interroge nécessairement.
Pour beaucoup de Français ayant commencé à travailler à 23 ou 24 ans après leurs études, 45 années de cotisations conduiraient mécaniquement à un départ très tardif. Et derrière les annonces successives, une impression demeure … la retraite est devenue le véritable concours Lépine des candidats à la présidentielle, chacun avançant son âge, sa durée de cotisation ou sa réforme !
Le débat devrait pourtant porter sur une question fondamentale … peut-on durablement maintenir des règles différentes entre le public et le privé ? Une réflexion sur l’alignement progressif des régimes, avec un âge de départ autour de 63 ou 64 ans, pourrait être mise sur la table, à condition d’y associer un véritable cadrage sur les carrières longues, la pénibilité et surtout les écarts de retraite entre les femmes et les hommes.
Sur ce dernier point, les marges de progression restent considérables. Réduire les inégalités de carrière et de pension, c’est aussi agir sur les recettes de cotisations et sur l’équilibre global du système.
Au fond, la question n’est peut-être pas simplement de savoir s’il faut travailler jusqu’à 64 ou 65 ans. Elle est de savoir qui doit faire l’effort, selon quelles règles et avec quelle équité entre les Français.