Avec une programmation riche, réunissant notamment Jean-Pierre Jeunet, Laurent Lafitte, Guillaume de Tonquédec et Marie Bunel, le 20ᵉ Festival du film de la Page à l’image donnera le coup d’envoi de sa nouvelle édition ce samedi à 17 heures, à l’occasion de sa soirée d’ouverture. Pour la première fois, Le Croisic et Guérande s’associent autour de cet événement.
Sur la presqu’île guérandaise, le cinéma pourrait être un formidable levier de rayonnement collectif. Pourtant, entre le Festival du film de La Baule en juillet, le Festival du film politique début octobre et le rendez-vous du Croisic–Guérande à la mi-octobre, trois festivals se succèdent sans qu’une véritable stratégie commune ne semble émerger. Chacun son affiche, sa programmation, ses partenaires et son territoire. Le problème n’est pas la multiplication des festivals, mais l’absence apparente d’une véritable volonté de travailler ensemble.
Avec près de 700 festivals de cinéma et d’audiovisuel répertoriés en France, selon l’annuaire Festivals en France, le festival de cinéma est devenu un rendez-vous culturel particulièrement prisé. Pour une ville, disposer de son propre festival est presque devenu un signe de rayonnement, un outil d’attractivité et une occasion de mettre en avant ses élus, ses partenaires et son identité. Chacun veut le sien, son affiche, ses invités et ses tapis rouges. Mais à force de multiplier les événements sans véritable concertation, le risque est de transformer une ambition culturelle en compétition de territoires, où la recherche de visibilité prend parfois le pas sur la construction d’un projet collectif. Sur la presqu’île guérandaise, cette tendance prend une résonance particulière : trois festivals en quelques mois, à quelques kilomètres les uns des autres, sans stratégie commune clairement identifiable. De quoi se demander si l’on cherche d’abord à faire rayonner le cinéma ou à défendre son propre pré carré.
À La Baule, le Festival du film Le Croisic–Guérande reste d’ailleurs étonnamment discret … de nombreux habitants ignorent jusqu’à son existence, tandis que les hôteliers, restaurateurs et commerçants, pourtant susceptibles de contribuer à son succès et d’en bénéficier économiquement, ne semblent pas pleinement associés à sa promotion. Une situation d’autant plus étonnante que l’événement reçoit le soutien de CapAtlantique La Baule-Guérande Agglo, une collectivité intercommunale dont la vocation est précisément de faire vivre un territoire au-delà des frontières municipales. Lorsque l’argent public est mobilisé à cette échelle, on peut légitimement s’interroger sur la portée d’une communication qui paraît encore trop concentrée sur les communes directement concernées. Mais les torts ne sont pas nécessairement à chercher d’un seul côté : lorsque le Festival du film de La Baule occupe le devant de la scène, le directeur du CinéPresqu’île de Guérande n’est pas invité, lui non plus, à participer à l’événement ! Voilà qui illustre assez bien les limites d’une coopération culturelle dont chacun semble pourtant pouvoir tirer profit.
Derrière les sourires officiels, les relations entre Franck Louvrier et Nicolas Criaud semblent bien loin d’une coopération sereine. Entre rivalités politiques, susceptibilités locales et absence apparente de véritable coordination, la presqu’île donne parfois le spectacle d’une guerre de territoire où chacun semble vouloir préserver son influence plutôt que construire une ambition commune. Difficile d’affirmer que ces tensions expliquent à elles seules les occasions manquées, mais elles alimentent le sentiment d’un territoire fragmenté, où les rivalités entre responsables publics risquent de prendre le pas sur l’intérêt collectif. L’annulation de dernière minute de l’exposition consacrée à John Howe à La Baule est également venue alimenter les interrogations sur la capacité des acteurs locaux à mener des projets ambitieux de concert. Difficile, sans éléments supplémentaires, d’établir un lien direct entre ces épisodes, mais leur succession nourrit un sentiment de cloisonnement.

Les habitants, eux, ne raisonnent pas en frontières administratives … ils dînent à La Baule, visitent les remparts de Guérande, vont au cinéma au Croisic sans éprouver le besoin de choisir un camp ! Antoine Duléry, membre du jury du dernier Festival du film de La Baule, sait d’ailleurs ce qu’un événement culturel peut apporter à l’image et à l’attractivité d’une ville. Pourquoi ne pas imaginer, dès lors, une véritable destination cinématographique à l’échelle de la presqu’île, avec des projections, des avant-premières, des rencontres et des débats répartis entre plusieurs communes, une communication croisée et des partenariats associant les professionnels du tourisme et du commerce ?
La presqu’île dispose des salles, des publics, des professionnels et des atouts nécessaires pour construire un projet culturel plus visible et plus fédérateur. Encore faut-il que les responsables acceptent de mutualiser leurs moyens, de partager la lumière et de dépasser les logiques de clocher. À force de défendre chacun son pré carré, le risque est de laisser passer une occasion précieuse de faire rayonner l’ensemble du territoire. Le cinéma n’a jamais eu besoin de frontières pour raconter de belles histoires ; il serait temps que ceux qui l’organisent s’en inspirent.