Difficile de regarder l’évolution de nos centres-villes sans s’interroger sur l’avenir de l’avenue de Gaulle. Et si cette artère emblématique de La Baule devenait intégralement piétonne ? Sans bouleverser les habitudes du jour au lendemain, pourquoi ne pas commencer par une expérimentation de quelques week-ends, notamment pendant les fêtes de fin d’année, afin d’en mesurer les effets sur la fréquentation et l’activité commerciale ?
À l’heure où la mobilité douce gagne du terrain, la question mérite d’être posée … pourquoi ne pas transformer cette artère en un véritable lieu de promenade, où l’on prend le temps de flâner, de découvrir les vitrines et de consommer ? Bref, un centre commercial à ciel ouvert.
Une avenue figée dans le temps depuis plus d’un siècle ?
Autrefois appelée avenue de la Gare, l’actuelle avenue de Gaulle semble avoir traversé les décennies sans véritable transformation structurelle. Depuis plus d’un siècle, son organisation générale a peu évolué. La principale modification notable concerne la circulation, passée du double sens au sens unique. Une adaptation du trafic, certes, mais pas une véritable réinvention de cet axe central de La Baule. À l’heure où les centres-villes repensent leurs usages, leurs espaces publics et la place accordée aux piétons, cette relative immobilité interroge. Ne serait-il pas temps d’imaginer une avenue adaptée aux attentes d’aujourd’hui, plutôt que de continuer à l’organiser selon des principes hérités d’une autre époque ?
Car cette artère emblématique reste confrontée aux nuisances d’une circulation automobile incessante : pollution, bruit et défilé de grosses berlines en quête de visibilité. Aux beaux jours, certains transforment même l’avenue en véritable scène de parade. Voitures de sport, musique à plein volume, cabriolets aux sonorités démonstratives et pots d’échappement particulièrement bruyants composent un spectacle dont les riverains se passeraient volontiers. Lorsque certains conducteurs semblent davantage soucieux de se faire remarquer que de se déplacer, une question s’impose : cette parade permanente correspond-elle encore à l’image d’élégance et d’art de vivre que La Baule souhaite défendre ?

de la Gare. Début des années 1930

Que fait la mairie ? Où est la réflexion sur l’avenir de cet axe majeur ? À défaut d’engager immédiatement une transformation définitive, une expérimentation permettrait de confronter les arguments à la réalité du terrain, plutôt que de laisser les idées reçues dicter le débat.
Bien sûr, les sceptiques ne manqueront pas d’affirmer que piétonniser l’avenue reviendrait à condamner ses commerces. L’argument mérite d’être entendu, mais pas nécessairement de clore la discussion. La vitalité commerciale dépend-elle exclusivement de la possibilité de stationner au plus près de chaque boutique ? Mais peut-on résumer l’avenir commercial de La Baule à cette seule question ?
Dijon, un exemple qui mérite réflexion
La Baule ne serait ni la première ni la dernière ville à repenser la place de l’automobile dans son centre-ville. À Dijon, la fréquentation piétonne de la place des Cordeliers serait passée de 130 000 à 170 000 passages quotidiens entre 2013 et 2017, au cours de sa fermeture progressive à la circulation automobile. Soit une progression d’environ 31 %.
Précision importante … ce chiffre concerne les passages piétons, et non une hausse du chiffre d’affaires des commerçants. Il apporte néanmoins un éclairage intéressant sur le potentiel d’attractivité d’un espace rendu aux piétons. Pourquoi La Baule ne tenterait-elle pas, à son tour, une expérience grandeur nature, assortie d’indicateurs précis pour mesurer les effets sur la fréquentation des boutiques et l’activité commerciale ?
Des terrasses plus généreuses, une avenue plus vivante
Imaginons une avenue de Gaulle réinventée … des potées fleuries harmonieusement réparties, des assises pour faire une pause, une végétalisation plus généreuse et une signalétique indiquant, pourquoi pas, le temps de marche restant jusqu’à l’océan.
La piétonnisation offrirait également l’occasion d’élargir les terrasses des cafés et des restaurants, afin de leur permettre d’investir davantage l’espace libéré. Des tables supplémentaires, des espaces de convivialité, des vitrines mises en valeur : autant d’atouts pour faire de l’avenue un lieu où l’on vient autant pour déjeuner, prendre un verre ou faire du shopping que pour profiter de l’atmosphère bauloise.
L’ambition serait de créer un espace plus apaisé, accueillant et vivant, où habitants et visiteurs auraient plaisir à se retrouver et à prolonger leur promenade. Une avenue où les commerces ne seraient plus simplement bordés par la circulation, mais participeraient pleinement à l’expérience urbaine.
Et si l’espace aujourd’hui consacré aux voitures devenait une opportunité supplémentaire pour nos commerçants ?
La transformation du remblai, au cœur des projets d’aménagement, ne suffira pas nécessairement à répondre à toutes les attentes concernant l’évolution du centre-ville. L’avenue de Gaulle mérite, elle aussi, une réflexion ambitieuse. Les travaux à venir pourraient justement être l’occasion d’ouvrir le débat, plutôt que de reconduire les habitudes d’hier.
Piétonniser ne signifie pas ignorer les besoins des commerçants, des riverains ou des personnes à mobilité réduite. Cela suppose, au contraire, de rechercher collectivement un nouvel équilibre entre accessibilité, attractivité commerciale, qualité de vie et respect de l’environnement.
La question est posée. Reste à savoir si la municipalité aura l’audace de la mettre à l’essai.