Chaque année, et c’est plutôt une bonne chose, la mairie réunit les commerçants baulois pour échanger avec eux. Organisées en plusieurs sessions, ces rencontres se poursuivent jeudi prochain avec les commerçants de l’avenue du Général de Gaulle et des alentours, qui sont à leur tour conviés.
Des rencontres devenues presque rituelles, alors même que le commerce n’a jamais vraiment semblé être le grand sujet de prédilection du premier magistrat de la ville. Depuis sa réélection, certains commerçants déplorent d’ailleurs un manque d’action et surtout l’absence d’une véritable stratégie. Mais au fond, quelle est réellement la situation du commerce baulois et, surtout, quelles solutions faudrait-il mettre sur la table ?
Sur le terrain, certains considèrent que le maire est aujourd’hui davantage présent sur les plateaux de télévision que dans les rues commerçantes. Fin août, lors de l’animation organisée à Lajarrige pour mettre le quartier en avant, il est ainsi apparu au désormais célèbre Bris’Art Culinaire… mais n’a pas jugé utile de parcourir les quinze mètres qui le séparaient des commerçants qui l’attendaient pour les saluer. Nous comprenons … avec la chaleur, quinze mètres peuvent parfois ressembler à l’ascension du Kilimandjaro ! Ses collaborateurs nous expliqueront évidemment que tout cela est faux, que le maire est très présent auprès des commerçants et que la relation est excellente. C’est un peu comme le commerçant qui décide d’aller faire du bateau un vendredi après-midi alors que sa boutique est en plein rush : chacun a sa conception de la priorité.
Reste un problème beaucoup plus profond … les commerçants eux-mêmes peinent à parler d’une seule voix. Certains râlent, d’autres protestent, beaucoup se plaignent… mais au final, chacun défend surtout son propre carré. Les jalousies existent, les intérêts divergent et la cohésion collective reste fragile. Et tant que les commerçants ne seront pas capables de se réunir autour d’une véritable vision commune, la mairie conservera naturellement la main.
De temps en temps, quelques chrysanthèmes pour fleurir le commerce, quelques lamentations sur les faillites, quelques inquiétudes sur les nouveaux arrivants et l’affaire est entendue. Un pigeon A qui coule sera toujours remplacé par un pigeon B… puis viendra le pigeon F, comme Faillite. C’est presque une déclaration d’élu … à toi de bien choisir ta lettre, ami commerçant !

Certains annoncent d’ailleurs encore de nombreux arrêts d’activité, notamment sur l’avenue de Gaulle. Mais là encore, la réalité est peut-être un peu plus complexe. Pour certains, posséder une boutique à La Baule n’est pas nécessairement une question de rentabilité absolue … c’est parfois une occupation, une activité secondaire pour un couple, voire un choix de vie. Les charges sont payées, le commerce existe et, pour certains propriétaires, qu’il fonctionne très bien ou beaucoup moins bien ne remet pas forcément en cause l’équilibre global. Si cette situation concerne effectivement une petite part des commerces, elle mérite surtout d’être regardée avec précision avant de tirer des conclusions générales sur la santé du commerce baulois.
Et puis il y aura bientôt le marché de Noël. Même décor, mêmes nounours, même Père Noël, même musique, même vin chaud, mêmes photos : on rembobine et hop, nouvelle rediffusion. À force, même le Père Noël doit avoir l’impression d’être fonctionnaire municipal. Et si le litre de gasoil décide cette année encore de jouer les milliardaires, le concept « visite, gaufre, poussette » pourrait rapidement évoluer en « visite, calcul du prix du plein et retour maison ».
Alors oui, certains commerçants ne feront peut-être même pas Noël cette année ! La situation est difficile, entre explosion du commerce en ligne, nouvelles habitudes de consommation et baisse de fréquentation de certains secteurs. Mais attendre que le consommateur revienne spontanément n’est probablement plus suffisant. Plusieurs spécialistes du commerce défendent au contraire une logique de push … aller chercher le consommateur, créer l’événement et lui donner une raison très concrète de venir en ville.
La Baule pourrait justement être pensée comme un véritable écrin commercial composé de trois pôles … le Royal, Lajarrige et l’avenue de Gaulle. Chaque artère devrait être considérée comme un centre commercial à ciel ouvert, avec son identité, son animation, sa signalétique et son expérience client. Aujourd’hui, cette cohérence n’existe pas vraiment. L’accueil n’est pas uniforme, la signalétique manque de force et rien ne permet réellement de donner au visiteur le sentiment d’entrer dans un ensemble commercial identifié. La Baule possède pourtant tous les ingrédients pour devenir une destination shopping à part entière. Encore faut-il donner envie d’y venir, d’y rester et surtout d’y revenir.
Et tout ne nécessite pas forcément des millions ! Il existe aussi des solutions beaucoup plus simples et beaucoup moins coûteuses. Pourquoi ne pas remettre au goût du jour le bon vieux animateur commercial, chargé de faire vivre les avenues commerçantes le samedi après-midi ? Un dispositif concentré sur la tranche 15 h – 19 h, avec musique, animations, démonstrations, jeux ou opérations commerciales, pourrait suffire à transformer ponctuellement une rue en véritable lieu de vie. Cela crée immédiatement de l’ambiance, du passage et surtout une sensation d’événement. Ringard pour certains ? Peut-être. Mais testé encore dans de nombreuses villes, ce type d’animation peut contribuer à redonner de la vie aux centres et, accessoirement, donner davantage envie de pousser la porte des boutiques.
Alors jeudi, entre la mairie et les commerçants, il serait peut-être temps de dépasser le traditionnel « tout va bien » municipal et le non moins traditionnel « tout va mal » commerçant. Le vrai sujet est ailleurs : comment fait-on pour redonner envie de venir consommer à La Baule ? Et cette fois, peut-être faudrait-il commencer par se parler franchement.
Lors de cette réunion d’échanges, plusieurs sujets seront abordés … le bilan des animations réalisées en 2026, les avis, remarques et suggestions, les projets d’animations envisagés pour 2027, les orientations du plan d’actions commerciales, ainsi que les perspectives de développement et d’attractivité du quartier…tout un programme !