Deux mandats, des décennies de politiques publiques et, au bout du compte, une jeunesse dans la rue. Ce que le Président Macron n’avait peut-être pas imaginé, certains l’avaient pourtant déjà pressenti … à force de promesses, de réformes et de gouvernements qui se succèdent, la colère finit par sortir des salles de classe. Certains refusent encore de l’entendre et c’est peut-être là la plus grande erreur !
Tout a commencé le 17 septembre dernier, aujourd’hui, la mobilisation semble gagner du terrain, des lycéens prennent du retard dans leurs cours, les blocus se poursuivent et, demain jeudi, rebelote. Devant certains établissements, de nouvelles actions sont déjà annoncées. Et dans un soupir, un lycéen de la Presqu’île prévient … « Vendredi aussi. »
Pourtant, les élèves de la Presqu’île savent qu’ils étudient dans un environnement privilégié. Des établissements bien entretenus, des enseignants investis, des personnels qui veillent quotidiennement à maintenir les lieux propres et accueillants. Mais cette situation n’est pas celle de tous les lycéens français.
Depuis 2017, plus de 10 000 postes d’enseignants auraient été supprimés dans les collèges et lycées. À la rentrée, il manquait encore au moins un professeur dans 53 % des lycées publics de France métropolitaine. Une réalité que les jeunes commencent à regarder autrement.
À Guérande, les lycéens expliquent d’ailleurs que, malgré les tensions, les choses peuvent se faire sans dégradation … barricades, poubelles et pancartes sont rangées afin que les cours puissent reprendre à 11 heures. Une manière de dire qu’ils veulent être entendus, pas nécessairement tout casser.
Et Emmanuel Macron ? Peu importe, répondent-ils ! Gauche ou droite, beaucoup ont le sentiment que « c’est pareil ». Ce qu’ils expriment surtout, c’est une impression d’abandon. Ils regardent également ce qui se passe ailleurs, comparent les systèmes scolaires et s’interrogent sur les horaires. En Allemagne ou en Espagne, certains lycées terminent plus tôt. « Ça fait combien d’années que les horaires n’ont pas changé ? », questionne un lycéen guérandais.
Ces jeunes qui ont entre 15 et 17 ans commencent aussi à regarder leurs parents et leurs grands-parents avec une question … « Pourquoi vous n’avez rien fait ? » Leur réponse est déjà formulée … « Nous, nous le ferons. Pour notre avenir, mais aussi pour ceux qui arriveront après nous. » Ce qui se joue aujourd’hui dépasse donc largement une simple revendication ponctuelle. Il n’y a pas ici une loi précise à retirer ou un projet à abandonner. C’est plus profond … c’est le sentiment que, structurellement, quelque chose ne fonctionne plus.
Et c’est précisément ce qui devrait interpeller la classe politique. Car une colère sans interlocuteur, sans réponse et sans débat peut rapidement devenir difficile à maîtriser. Toute une génération commence à se demander pourquoi elle devrait accepter un système qu’elle estime ne plus être pensé pour elle.
Localement, le maire de La Baule, Franck Louvrier, livrait encore récemment sur LCI une lecture bien différente de la situation. Il évoquait une France « à deux vitesses », prenant l’exemple d’un lycée nantais en proie aux flammes lors d’une visite. Il citait ensuite le lycée Grand Air de La Baule, où les lycéens avaient notamment assisté à une rencontre avec Mélissa Theuriau autour de la diffusion de son film Le Temps des femmes.
Pour lui, les jeunes disposent en France d’un cadre favorable pour réussir, avec notamment un corps enseignant de grande qualité. Il rappelait également que la France se mobilise beaucoup pour sa jeunesse, tout en estimant qu’« une minorité » cherche à déstabiliser cette institution.
C’est précisément cette lecture qui risque de laisser de côté une partie du problème.
Tant que certains responsables politiques, désormais quinquagénaires et parfois éloignés des réalités quotidiennes vécues par ces adolescents, continueront à considérer la contestation comme le fait d’une minorité, le dialogue restera difficile. Car aujourd’hui, ce n’est peut-être pas une minorité qui souffre.
Et si personne ne prend réellement le temps de regarder cette jeunesse au fond des yeux, l’histoire pourrait bien décider de le faire à sa place.